Nouvelles de la République des Lettres (1779)

La Blancherie, Pahin de
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Le Salon de 1787 au Louvre, gravure de Pietro Antonio Martini (1787). Louvre.

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"Comme les femmes ne sont point admises au rendez-vous, elles font reçues depuis midi jusqu'à trois heures ; elles ont ce temps qui a été demandé par des Dames de la plus haute considération, pour satisfaire leur curiosité, à l'occasion des objets exposés, que leur réunion & leur utilité rendent également intéressans pour elles."

Nous n'avons point encore parlé d'un établissement, qui procure en France & à tous les pays où il est possible d'étendre une correspondance, un Agent gratuit pour tous les objets relatifs aux Sciences & aux Arts. Nous avions, pour garant de son utilité , le jugement qu'en a porté l'Académie des Sciences, mais nous avons attendu qu'il eût pris toute sa consistance, afin de lui donner la publicité qu'il mérite. On la doit aux soins de M. de la Blancherie,  Agent général de Correspondance ; pour les Sciences & les Arts, &c. En voici le plan.

Cette Correspondance générale est composée de deux parties ; la première est l'Assemblée ordinaire des Sçavans & des Artistes ; la seconde est l'Ouvrage périodique ayant pour titre, les nouvelles de la République des Lettres et des Arts

L'Assemblée a trois objets. La première de servir de Rendez-vous, de point de réunion & de communication à tous les Sçavans, les Gens de Lettres, les Artistes, les Amateurs & les Voyageurs distingués, Nationaux ou Etrangers, qui se trouvent dans cette Capitale.

Le second, de réunir sous leurs yeux , les Livres, les Tableaux, les Pièces de Mécanique, les morceaux d'histoire Naturelle ; les modèles de Sculpture, & enfin toutes sortes d'Ouvrages, ancients ou modernes, dont on voudra faire connaître ou apprendre promptement l'existence, la valeur ou l'Auteur

Le troisième enfin, de procurer les moyens d'étendre une Correspondance et des relations dans toutes les parties du monde & sur tous les objets des Sciences & des Arts

Rendez-vous.

Le Rendez-vous a lieu chez M. de la Blancherie le Mercredi de chaque semaine ; lorsque le Mercredi est fête, le rendez-vous est remis au lendemain

Le but de l'Assemblée  indique assez quelles sont les personnes qui doivent la fréquenter.

Tous les hommes connus par leur rang, leurs dignités, & par la profession publique des Sciences, des Lettres &. des Arts. Nulautre n'est reçu , s'il n'est présenté par des personnes ci-dessus désignées ou annoncé par une Lettre de leur main dont il est porteur.

Les Etangers & les Voyageurs, ne sont admis qu'autant qu'ils sont revêtus d'un caractère public , ou présentés, ou amenés de la manière qu'il vient d'être désignée.

On annonce dans le Bulletin des Assemblées, dont il fera parlé ci-après , les Sçavans , les Gens de Lettres , & les Artistes étrangers seulement qui sont venus au Rendez-vous, après avoir pris sur cela leur consentement : l'avis,
qui est donné de leur séjour dans cette Capitale, a produit des effets utiles.

Exposition.

Le même jour ( le Mercredi ), depuis huit heures jusqu'à midi , les Artistes ou les Paticuliers qui ont un intérêt quelconque à mettre sous les yeux de l'Assemblée des Ouvrages en différents genres, soit qu'ils en soient Auteurs ou Propriétaires, soit pour en faire jouir le Public, soit pour s'en procurer le débit, peuvent disposer des Salles destinées à cet usage, pour les y placer d'une manière avantageuse. On n'y reçoit que des Livres approuvés, & en fait de Peinture &c de Sculpture , que des Ouvrages de la plus grande décence.

---- se charge de faire aucune recommandation en faveur de qui que ce soit, s'il ne lui est connu , ou présenté de la même manière. Il ne néglige rien, pour faciliter aux Sçavans, Artistes & Amateurs distingués, les moyens de voyager utilement & agréablement, soit en France, soit dans les pays étrangers. Lorsque MM. les Officiers Municipaux lui adresseront des sujets pour leur trouver des débouchés relatifs à leurs dispositions ou aux desseins qu'on auroit sur eux, il les prie de veiller à ce que ces jeunes gens ayent toujours un certificat de bonnes moeurs.

Comme les femmes ne sont point admises au rendez-vous, elles font reçues depuis midi jusqu'à trois heures ; elles ont ce temps qui a été demandé par des Dames de la plus haute considération, pour satisfaire leur curiosité,
à l'occasion des objets exposés, que leur réunion & leur utilité rendent également intéressans pour elles.

Le Musicien qui veut faire connaître ses talents pour un instrument, est admis, pour en jouer, soir & matin. On peut de même y répéter une expérience quelconque, de Physique, par exemple, sur laquelle on désire avoir l'avis de plusieurs Physiciens.

Sources

Text taken from Jean Baptiste Gabriel Alexandre Grosier, Journal de littérature, des sciences et des arts (Paris, 1779), vol. 1, p. 61-64. Transcription by Alain Kerhervé. Full volume in Gallica.