Helen Maria Williams

Williams

Abstract

‘In every country it is social pleasure that sheds the most delicious flowers which grow on the path of life' (Williams, Letters, 1790, 140). L’autrice britannique qui s’installa à Paris à partir de 1792 a grandement contribué par son cercle intellectuel et politique comme par ses publications à la circulation des idées entre France et Angleterre. Elle fut une inlassable chroniqueuse des pratiques sociales et des événements historiques, de la Révolution à la Restauration.

Helen Maria Williams (1761-1827) a manifesté une appétence continue pour les cercles littéraires et politiques, ayant fréquenté nombre de salons à Paris comme à Londres avant de devenir elle-même salonnière dans les deux capitales. Fille d’un père écossais et d’une mère galloise, issue de la bourgeoisie (upper middle-class background), elle arrive à Londres en 1781. Par l’intermédiaire du pasteur dissident Andrew Kippis qui encourage son activité littéraire, elle rencontre Richard Price et Joseph Priestley, membres eux aussi de cercles non-conformistes et proches des milieux whig. Intégrant à Portman Square le salon d’Elizabeth Robinson Montagu qui devient sa protectrice, fréquentant aussi celui d’Hester Lynch Thrale à Streatham Park, elle se lie avec Samuel Johnson, John Moore, Charlotte Smith, Anna Seward. Reconnue comme une poétesse très prometteuse (An Ode of the Peace, 1783 ; Peru, 1784), elle ne tarde pas à ouvrir son propre salon à Southampton Row (Bloomsbury) où elle reçoit nombre d’intellectuels généralement acquis aux idées progressistes parmi lesquels Edward Jerningham, John Moore, Fanny Burney, Charlotte Smith, Anna Laetitia Barbauld ou encore William Godwin. Abolitionniste (A Poem on the Bill Lately Passed for Regulating the Slave Trade, 1788), pacifiste, Williams manifeste dans ses œuvres sa sympathie pour la Révolution américaine (An American Tale, 1786) comme pour la Révolution française (Julia, 1790), ayant été sensibilisée à la politique absolutiste des Bourbons par la rencontre d’un couple de Français victimes de ce régime. Rétablis dans leurs droits après la chute de la Bastille, les du Fossé invitent Williams à leur rendre visite pour observer par elle-même les progrès de la toute jeune Révolution lors d’un séjour qui devait s’avérer déterminant. De ce voyage date en effet sa première chronique des événements en cours outre-Manche qui allait être suivie de sept autres volumes formant les Letters from France (1790-1796), ensemble écrit en anglais et publié à Londres (chez T. Cadell, puis G. G. and J. Robinson).1 Le premier opus (1790) eut un retentissement considérable. Favorablement accueilli,2 il fut traduit en français et en néerlandais dès 1791, en allemand en 1798. Dès lors, Williams est reconnue sur la scène européenne pour la part non négligeable qu’elle occupe dans la controverse sur la Révolution française. En témoigne la caricature satirique anonyme Don Dismallo Running the Literary Gantlet (1er décembre 1790) où elle se trouve représentée aux côtés de Richard Price, Anna Laetitia Barbauld, Richard Sheridan, John Horne Tooke et Catharine Macaulay face à Edmund Burke, auteur en 1790 du retentissant pamphlet anti-révolutionnaire Reflections on the Revolution in France.

DOn Dismallo
'Don Dismallo running the literary gantlet', London : Pubd. by Wm. Holland No. 50 Oxford Street, 1790 Dec. 1. Catalogue of prints and drawings in the British Museum. Division I, political and personal satires, v. 6, no. 7685.

 

  • 1. Dans une édition qui les reproduit en fac-similé, les Letters from France (LF) forment 2 séries de 4 volumes chacune (Letters from France by Helen Maria Williams, 2 vols, Introduction by Janet M. Todd, Delmar, New York: Scholars’ Facsimiles and Reprints, 1975). Nos références adoptent l’usage selon lequel sont mentionnés successivement le numéro de la série, celui du volume, puis celui de la lettre.
  • 2. The Analytical Review, décembre 1790; The Universal Magazine of Knowledge and Pleasure, décembre 1790; The Critical Review, janvier 1791; The English Review, janvier 1791; lettre à H. M. Williams de la Société des Amis de la Constitution de Rouen, juillet 1791.

Recommandée à Félicité de Genlis3 par Edward Jerningham,4, elle fréquente d’abord en France des proches de la Maison d’Orléans (1790-1791) avant de se lier d’amitié avec Manon Roland5 (dont le mari allait être ministre de l’intérieur dans deux gouvernements girondins) qui lui fait rencontrer des hommes politiques de premier plan (Brissot, Pétion, Vergniaud, Buzot, Bancal des Issarts). Elle ouvre rue Helvétius son propre salon, lieu cosmopolite fréquenté par des partisans de la Gironde, des hommes de lettres français (Sébastien Chamfort, Bernardin de Saint-Pierre, les frères Chénier) comme par nombre d’anglophones radicaux (Thomas Paine, Charles Fox, Lord Edward Fitzgerald, Wolf Tone, John Hurford Stone, William Christie) ou encore par le général vénézuélien Francisco de Miranda. Aux dires de l’Américain Joel Barlow,6 elle reçoit tous les soirs entre 30 et 50 personnes. Mary Wollstonecraft a laissé sur ce point un témoignage célèbre :

[…] Miss Williams has behaved very civilly to me and I shall visit her frequently, I rather like her, and I meet French company at her house. Her manners are affected, yet the simple goodness of her hearts [sic] continually breaks through the varnish, so that one would be more inclined, at least I should, to love than to admire her.7

Appartenant à la première société des Amis des Noirs à Paris, Williams est également proche des membres du British Club (‘The Friends of the Rights of Man, associated in Paris’), qui compte des partisans anglais, irlandais ou américains de la Gironde se réunissant à l’Hôtel White tels que John Hurford Stone ou Joel Barlow. Le 18 novembre 1792, une soirée est organisée par les membres de ce club afin de célébrer la victoire à Jemappes des troupes du général Dumouriez sur l’armée autrichienne ; à cette occasion, un toast est porté en l’honneur de Charlotte Smith et de Helen Maria Williams pour saluer leur engagement en faveur de la Révolution française.

  • 3. Auteure d’Adèle et Théodore ou Lettres sur l’éducation (1782) qui eut beaucoup de succès outre-Manche.
  • 4. Souvenirs de la Révolution française, par Héléna Maria Williams, traduit de l’Anglais [par Charles Coquerel] (Paris: Dondey-Dupré, 1827), p. 70. Le texte en langue originale semble avoir disparu.
  • 5. Manon Roland, qui est pour Williams le parangon de l’héroïsme au féminin produit par la Révolution, évoque Williams dans trois lettres à Bancal des Issarts (le 5 novembre 1790, puis dans les premiers mois de 1793). Voir Lettres de Madame Roland, Claude Perroud (éd.), t.2 (Paris: Imprimerie Nationale, 1902), p. 194, 467 et 469.
  • 6. Cité par M. Ray Adams, ‘Helen Maria Williams and the French Revolution’, in ed. Earl Leslie Griggs, Wordworth and Coleridge: Studies in Honor of George McLean Harper (New York: Russel, 1967), p. 89.
  • 7. Mary Wollstonecraft to Everina Wollstonecraft, 24 December 1792, in ed. Ralph M. Wardle, Collected Letters of Mary Wollstonecraft (Ithaca: Cornell University Press, 1979), p. 226.

Le tournant marqué par les massacres commis en septembre 1792 dans les prisons entraîne la Révolution sur une pente toujours plus sanglante que confirme l’exécution de Louis XVI en janvier 1793. La surveillance politique qui culmine sous la Terreur conduit à la disparition de la sociabilité mondaine à Paris entre 1792 et 1795.8 Le choix de Williams de demeurer en France (où, ce qui fait scandale, elle vit en compagnie de John Hurford Stone) et la foi qu’elle conserve dans les idéaux de la première Révolution l’isolent de plus en plus de ses compatriotes britanniques, provoquant même une rupture avec ses amies Hester Thrale9 ou Anna Seward. Dans un ouvrage violent,10 Laetitia Matilda Hawkins s’en prend explicitement à Williams qu’elle qualifie de ‘poissarde' (Hawkins 1, 98).11 Au plus fort de la Terreur, l’écrivaine, connue pour ses sympathies girondines comme pour les critiques émises à l’égard des Jacobins dans les volumes 3 et 4 de ses Letters parus en 1793, doit s’exiler en Suisse et ne revient à Paris qu’en décembre 1794, quatre mois après la chute de Robespierre. Selon elle, la réaction thermidorienne permet la résurgence du ‘monde social [qui] reparut plus brillant que jamais' (Williams, Souvenirs, 1827, 85).

La paix d’Amiens signée le 25 mars 1802 marque le retour en France de voyageurs étrangers, en particulier britanniques. Williams, qui a perdu toute illusion à l’égard de la politique conduite par Napoléon Bonaparte,12 ouvre quai Malaquais un salon cosmopolite qui peut recevoir jusqu’à 70 convives. Connu pour sa coloration républicaine (et placé sous la surveillance de la police du premier consul), il est fréquenté par des libéraux comme l’abbé Grégoire, Lazare Carnot, le général polonais Thaddeus Kosciuszko, les Irlandais radicaux Arthur O’Connor et Edward Blaquiere, l’homme de loi whig Thomas Erskine. Il est aussi fort prisé par les artistes, parmi lesquels les Britanniques Amelia Opie, Maria Cosway et Joseph Farington ou la salonnière allemande Caroline von Wolzogel. La position conservatrice de Maria Edgeworth peut expliquer que celle-ci, en voyage à Paris, refuse de s’y rendre.13

Sous l’Empire, période où s’exerce une forte censure, Williams cesse d’écrire des ouvrages politiques. Elle y reviendra en 1815 et 1819 dans les deux ouvrages suivants: A Narrative of the Events Which Have Taken Place in France from the Landing of Napoleon Bonaparte on the 1st of March, 1815, till the Restoration of Louis XVIII et Letters on the Events Which Have Passed in France Since the Restoration in 1815. Il faut attendre la chute de Napoléon pour que les visiteurs britanniques puissent revenir en France. La faillite de Stone en 1815 réduit le train de réception de Williams, qui continue néanmoins, en 1816 et 1817, à réunir chez elle, tous les dimanches, politiciens, intellectuels et artistes, comme l’attestent des témoignages de l’Irlandaise Lady Morgan14 ou de Mary Jane Godwin (la seconde épouse de William Godwin). En octobre 1820, elle reçoit pour la première fois William Wordsworth, constant admirateur de son œuvre, qui lui avait rendu hommage dans le premier de ses poèmes publiés.15 Cette visite lui permet de renouer avec les souvenirs de sa jeunesse dans les cercles londoniens alors même que, n’étant plus retournée en Angleterre depuis 1792, elle s’est coupée de certains de ses compatriotes au fil des tensions entre France et Royaume-Uni (elle a néanmoins conservé des relations épistolaires avec Penelope Pennington ou Ruth Barlow).

  • 8. Antoine Lilti, Le monde des salons. Sociabilité et mondanité à Paris au XVIIIe siècle (Paris: Fayard, 2005), p. 399-404.
  • 9. Hester Thrale, Thraliana : The Diary of Mrs Hester Lynch Thrale (Later Mrs Piozzi), 1777-1809, vol.2, 20 Sept. 1794, ed. Katherine C. Balderston (Oxford: Clarendon, 1951), p. 894.
  • 10. Laetitia Matilda Hawkins, Letters on the Female Mind, Its Powers and Pursuits. Adressed to Miss H. M. Williams, with Particular Reference to Her Letters from France. 2 vols. (London: Hookham and Carpenter, 1793).
  • 11. Une ‘poissarde’ est une ‘marchande aux halles grossière et hardie dans ses manières et son langage (en particulier, marchande de poisson aux halles)’. Voir https://www.cnrtl.fr/definition/poissarde.
  • 12. Voir en particulier la préface de A Narrative of the Events Which Have Taken Place in France from the Landing of Napoleon Bonaparte on the 1st of March, 1815, till the Restoration of Louis XVIII (London: John Murray, 1815). Dans Sketches of the State of Manners and Opinions in the French Republic, towards the Close of the Eighteenth Century, (London: G. G. and J. Robinson, 1801), Williams saluait l’action du général Bonaparte et le coup d’Etat du 19 Brumaire an VIII qui instaura le Consulat.
  • 13. Maria Edgeworth to Sophie Ruxton, 8 December 1802, in Maria Edgeworth in France and Switzerland, Selections from the Edgeworth family letters, in ed. Christina Colvin (Oxford: Clarendon Press, 1979), p. 53.
  • 14. Lady Morgan, France, vol.2 (London: Colburn, 1817), p. 397.
  • 15. William Wordsworth, ‘Sonnet on Seeing Miss Helen Maria Williams Weep at a Tale of Distress’, The European Magazine, March 1787.

Passeuse entre différentes langues, celle qui se présente en 1790 en ‘citoyenne du monde’ (Williams, 2001, 69) a traduit en anglais Bernardin de Saint-Pierre (Paul and Virginia, 1795), Alexander von Humboldt (Researches Concerning Inhabitants of America, 1814), Xavier de Maistre (The Leper of the City of Aoste, 1817). Témoin oculaire des événements historiques, Williams développe dans ses Letters from France une approche largement affective de la Révolution. A travers le dispositif discursif de la fiction amicale du premier opus (Letters Written in France in the Summer 1790 to a Friend in England), l’autrice cherche à convertir ses compatriotes à ce qu’elle présente comme une quête de liberté et de justice sociale inscrite dans le sillage de la Glorieuse Révolution anglaise (1688). L’intérêt majeur des œuvres de Williams réside en ce que l’approche de la culture regardée (la France de la Révolution à la Restauration) se déploie au miroir de la culture regardante à laquelle l’œuvre est destinée (l’Angleterre). Les références aux auteurs britanniques (aux premiers rangs desquels figurent Shakespeare, Sterne, Pope ou Burke), les comparaisons entre sociabilités française et anglaise (figures, pratiques, lieux, objets…) y sont fréquentes. Marquée par le décentrement et la déterritorialisation, la situation d’énonciation allie constamment distance et proximité, identité et altérité, points de vue externe et interne, et exploite la situation d’intermédiaire culturelle entre Angleterre et France que se forge l’autrice. Témoignage de première main, le tableau que Williams livre des années révolutionnaires est particulièrement riche concernant l’évolution des pratiques sociales en cette période troublée : promenades (LF I, 1, 10 ; I, 2, 14 ; II, 1, 6), divertissements théâtraux (LF I, 1, 12 ; I, 2, 12), fréquentation des cafés,16 du Lycée (LF I, 2, 18)17 ou des villes d’eau (LF I, 1, 23 ; I, 2, 21), expérimentation à travers les fêtes révolutionnaires18 de nouvelles formes de sociabilité à des fins de régénération sociale, développement d’une sociabilité carcérale (LF II, 1, 3 ; II, 2, 3) provoqué par les multiples emprisonnements et la disparition de la sociabilité mondaine.

Si la sociabilité est centrale dans l’ensemble des Letters, la forme épistolaire  a sensiblement évolué au fil des violences et des épreuves de la Révolution. A partir des volumes 3 et 4 de la première série qui font suite à l’exécution de Louis XVI, l’énonciation recourt à une auctorialité multiple tandis que les récits sentimentaux côtoient l’insertion de minutes de procès, de rapports militaires, de témoignages de différentes victimes. Par une poétique composite19 et répétitive face au caractère disruptif de l’expérience historique, Williams semble exprimer les difficultés – voire l’impossibilité – à circonscrire l’accélération, la complexité, la multiplicité voire le chaos des événements révolutionnaires. Offrant un tombeau littéraire aux Girondins à la mémoire desquels elle devait rester fidèle comme l’attestent ses Souvenirs, les volumes de la seconde série s’assombrissent à mesure que la spirale de la violence s’étend. De manière obsédante, ils insistent sur le ‘double sinistre de la fête'20: les cortèges qui conduisent les prisonniers à la guillotine, le spectacle des exécutions dont la place de la Révolution (l’actuelle place de la Concorde) est le cadre ou les meurtres de masse commis à Lyon et en Vendée. Williams raconte aussi les mesures d’emprisonnement ou d’éloignement dont elle fut victime en tant que ressortissante britannique21 ou plus généralement en tant qu’étrangère22 dans un pays en guerre avec la plupart des autres puissances européennes de même que son exil en Suisse23 en 1794. Parfois contrainte de publier sous couvert d’anonymat (comme dans le cas des deux volumes parus en 1793), elle tente de maintenir le contact avec le public britannique, cherchant à édifier de fragiles ponts entre France et Royaume-Uni alors que, jusqu’à la chute de Napoléon, les deux pays s’affrontent régulièrement dans des conflits armés et que francophobie et anglophobie croissent de part et d’autre de la Manche.

Dans ses chroniques consacrées aux dernières années de la Révolution (Sketches of the State of Manners and Opinions in the French Republic, 1801), l’autrice reste fidèle au moule épistolaire.24 Si elle traite essentiellement de sujets politiques, militaires et religieux,25 elle n’en rend pas moins compte des modes et pratiques sociales du temps : divertissements parisiens mondains (bals masqués, promenades)26 ou patriotiques (fêtes nationales),27 appétit scientifique et curiosité suscités par les visites du muséum28 (ancêtre du musée du Louvre) qui expose les œuvres rapportées lors des expéditions militaires du général Bonaparte. Elle y rend aussi un bel hommage à la salonnière que fut Mme Helvétius qu’elle a régulièrement fréquentée à Auteuil.29 Dans ses ouvrages qui traitent de l’Empire, Williams laisse éclater son mépris pour l’étiquette instaurée à la cour des Tuileries, dénonçant en particulier l’incapacité de Napoléon à ‘connaître le charme d’une société spirituelle et polie’ (Williams, Souvenirs, 1827, 158). Saluant la Restauration en ce qu’elle met un terme au despotisme impérial, elle estime aussi que celle-ci, par l’instauration de la Charte constitutionnelle de 1814, constitue une continuation de la Révolution. En 1819, à la parution de Letters on the Events Which Have Passed in France Since the Restoration in 1815, les conservateurs britanniques (le British Critic, en particulier) ne manquent pas d’accuser de royalisme et d’ultracisme celle qui a toujours professé des idées républicaines. De fait, dans cet ouvrage Williams affirme l’espoir qu’elle place dans les concessions libérales du nouveau régime et dans le progrès du parti des Indépendants. Elle rend ainsi compte du succès rencontré par les débats politiques que permet l’assouplissement des lois sur la presse (multiplication des journaux, des salles de lecture), évoquant en particulier les conférences données au cercle de l’Athénée (nouveau nom du Lycée depuis 1802),30 établissement culturel où Benjamin Constant (l’un des chefs de file des Indépendants) prononça son célèbre cours ‘De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes’.31 L’assassinat du duc de Berry survenu le 13 février 1820 devait toutefois mettre un terme à la période libérale de la Restauration.

Dans le testament politique que constituent ses Souvenirs, l’autrice veut finalement croire qu’en dépit de revirements possibles ‘la marche des peuples modernes se dirige vers la liberté, et par conséquent vers le bonheur’ (Williams, Souvenirs, 1827, 200). Williams qui a acquis la nationalité française en 1817 reste toujours fidèle à l’idée que la Grande-Bretagne a ouvert la voie aux politiques progressistes : ‘La France et l’Angleterre, où tous les bons esprits sont alliés, parcourront ensemble cette carrière glorieuse où l’Angleterre s’est acquis tant de renom’ (Williams, Souvenirs, 1827, 200-201). Son œuvre généreuse et engagée (à la fin de sa vie, l’autrice défend comme nombre de romantiques la lutte des Grecs pour leur indépendance), l’étendue de ses réseaux de sociabilité éclairée font donc de Williams une représentante emblématique d’une République des Lettres qui transcende les frontières nationales et conserve la foi dans les idéaux des Lumières et de la Révolution de 1789 face aux bouleversements incessants d’un monde en pleine mutation.

  • 16. Des cafés parisiens de 1791, Williams souligne la mixité en insistant sur l’importance de la présence féminine dans les pratiques sociales françaises : ‘Women, as well as men, are admitted to these coffee-houses ; for the English idea of finding ease, comfort or felicity, in societies were women are excluded, never enters into the imagination of a Frenchman’, Letters from France Containing Many New Anecdotes Relative to the French Revolution and the Present State of French Manners (London: G. G. J. and J. Robinson, 1792), p. 80.
  • 17. Institution ouverte aux deux sexes où sont données des conférences dans diverses disciplines et qui promeut la liberté, l’égalité et le cosmopolitisme.
  • 18. On trouve dans les LF en I, 1, 2-3 la description de la Fête de la Fédération qui s’est tenue à Paris sur le Champ-de-Mars le 14 juillet 1790. La fête donnée à Paris le 15 avril 1792 en l’honneur des soldats mutins de Châteauvieux est décrite en I, 2, 19. Les Fêtes de la Raison organisées sous la Terreur de même que la Fête de l’Etre Suprême du 8 juin 1794 sont évoquées respectivement en II, 2, 6 et II, 2, 3. On trouve aussi le récit de cérémonies de plantations d’arbres de la liberté (I, 2, 23) ou la description de fêtes non institutionnelles à caractère populaire, transgressif et anti-religieux qui culminent pendant la Grande Terreur (II, 2, 6).
  • 19. Williams reconfigure ainsi plusieurs formes littéraires (lettres, récit de voyage, romance) davantage assimilées au féminin qu’au masculin dans les normes de genre (gender) et affirme de manière croissante une conscience auctoriale et une autorité d’écriture qui lui sont reconnues lors de la réception, au Royaume-Uni, de ses œuvres ultérieures consacrées aux dernières années de la Révolution et aux Cent Jours.
  • 20. Béatrice Didier, La Littérature de la Révolution française (Paris: PUF, 1989), p. 16.
  • 21. La flotte française dominée par les insurgés royalistes s’étant livrée aux troupes britanniques lors du siège de Toulon le 1er octobre 1793, Williams est emprisonnée trois mois entre octobre et décembre. Voir Letters Containing a Sketch of the Politics of France, vol.1 (London: G. G. J. Robinson, 1795).
  • 22. En avril 1794, elle doit s’éloigner de Paris et s’installe à Marly. Voir Letters Containing a Sketch of the Politics of France, vol.2 (London: G. G. J. Robinson, 1795).
  • 23. Voir Letters Containing a Sketch of the Politics of France, vol.1, op. cit. Dans la lettre 3 du vol. 1 de Sketches of the State of Manners and Opinions in the French Republic, towards the Close of the Eighteenth Century, op. cit., elle rend hommage à l’hospitalité offerte aux exilés et émigrés par le prince-abbé d’Engelberg.
  • 24. Elle y recourt à nouveau dans On the Late Persecution of the Protestants in the South of France (London: T. and G. Underwood, 1816) et dans Letters on the Events Which Have Passed in France Since the Restoration in 1815, op. cit.
  • 25. Cette question est centrale dans sa dénonciation des violences faites aux protestants dans le Midi après la défaite de Waterloo, pendant la Terreur blanche de 1815 (On the Late Persecution of the Protestants…, op. cit.).
  • 26. Voir Sketches of the State of Manners and Opinions in the French Republic, towards the Close of the Eighteenth Century, op. cit., vol.2, 1801, lettres 25 et 30.
  • 27. Sketches, lettre 41.
  • 28. Sketches, lettre 34.
  • 29. Sketches, lettre 37.
  • 30. Voir Hervé Guénot, ‘Musées et lycées parisiens (1780-1830)’, Dix-huitième Siècle (n°18, 1986), p. 249-267.
  • 31. ‘[…] Paris is filled with reading-rooms, which are crowded from morning till night […] At the Athénée, a long established literary institution, nothing attracts so brilliant a crowd of both sexes as the discussion of some political question by M. Benjamin Constant’, Letters on the Events Which Have Passed in France Since the Restoration in 1815, op. cit., p. 108. Pour Williams, la sociabilité a toujours impliqué la mixité.
Cite this article
LEONARD-ROQUES Véronique, "Helen Maria Williams", The Digital Encyclopedia of British Sociability in the Long Eighteenth Century [online], ISSN 2803-2845, Accessed on 11/25/2021, URL: https://www.digitens.org/en/notices/helen-maria-williams.html

Further Reading

Favret, Mary A., Romantic Correspondence: Women, Politics and the Fiction of Letters (Cambridge: Cambridge University Press, 1993).

Kennedy, Deborah, Helen Maria Williams and the Age of Revolution (Lewisburg: Bucknell University Press, London: Associated University Presses, 2002).

Le Bozec, Christine, Les Femmes et la Révolution. 1770-1830 (Paris: Passés composés/Humensis, 2019).

Léonard-Roques, Véronique, ‘Fiction de la correspondance amicale dans les Letters Written in France in the Summer 1790 to a Friend in England de Helen Maria Williams’, à paraître dans Amitiés épistolaires (dir. Alain Kerhervé et Véronique Léonard-Roques), actes de la journée d’études Université de Bretagne Occidentale/BNF (10 décembre 2020).

Léonard-Roques, Véronique, ‘Expérience de la Révolution française et modèles féminins contemporains dans les Letters from France (1790-1796) de Helen Maria Williams’, à paraître aux Presses universitaires de Rouen et du Havre dans Fortes de corps, d’âme et d’esprit : récits de vie et construction de modèles féminins du XIVe au XVIIIe siècle (dir. Ariane Ferry, Stéphane Pouyaud, Sandra Provini, Caroline Trotot), actes du colloque de l’Université de Rouen (10-11 juin 2021).

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